Le dossier du mois
DivX, Mp3... où sont les pirates ?
 

 par BIS

Devant la polémique actuelle autour de ces nouveaux formats audio et vidéo, il semble important de faire le point sur ce qui est ou non du piratage... d'autant que certains fans d'Albator auraient un peu vite tendance à assimiler leurs pratiques à une forme légitime (Leijitime ?!) de flibuste planétaire...

Je ne tiens pas ici à faire du prêchi-prêcha, et donc, plutôt que vous dire quoi faire ou ne pas faire, je vous invite à réfléchir par vous même à cette notion de piratage et à ainsi être au moins au clair par rapport à ces questions. Beaucoup préfèrent en effet se rassurer par des lieux communs (par exemple "tout le monde le fait") au lieu d'examiner les faits objectivement. SI donc vous choisissez de continuer ce que vous faites après, ce sera en pleine connaissance de cause. Si vous le voulez bien, faisons ensemble le tour du problème...


La copie : un vieux débat

Il faut tout d'abord savoir que faire une copie unique de tout support audio ou vidéo est autorisé par la loi pour un usage personnel, et ce afin de ne pas user l'original. En revanche, toute deuxième copie, à usage personnel comme pour offrir ou échanger, est strictement interdite, et ce n'est pas nouveau ! Toutefois, certaines des grandes multinationales qui se plaignent aujourd'hui de la prolifération du piratage de leurs oeuvres sont les mêmes qui ont rendu accessible au public la technologie visant à obtenir ces copies illégales, et elles ont donc leur part de responsabilité ! Sony, notamment, est l'un des leaders du marché mondial, mais cette société à toujours produit en parallèles cassettes audio, minidiscs et compact-discs vierges, commercialisant même les graveurs qui permettent toutes les copies !

Vous pourriez donc vous rassurer en pensant que, puisque la copie a toujours existé, il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et qu'il n'y a donc pas de quoi en faire un plat... Vrai et faux à la fois ! Vrai parce que sur le principe, dupliquer un disque en plusieurs exemplaires sur cassettes était tout aussi répréhensible sur le plan légal... mais faux, parce qu'une copie cassette n'est ni de même qualité que l'original, ni inusable. Les disques vinyls aussi, d'ailleurs se détérioraient à l'usage... Mais aujourd'hui, avec un seul CD original, dont la qualité ne s'altère pas avec le temps, on peut produire une infinité de copies de qualité sonore rigoureusement identique à l'original et tout aussi inusables ! Dès lors, n'importe qui peut se monter une bibliothèque de ressources audio et vidéo considérable sans débourser plus que le prix des disques vierges ! Or ces questions se posent aujourd'hui de manière accrue avec l'apparition de nouveaux formats de sauvegarde des données peu encombrants et facilement échangeables.


Les technologies de compression

Le Mp3 (ou Mpeg3) et le DivX sont des formats dits de compression (respectivement audio et vidéo). Ils permettent de réduire considérablement la taille d'un document sans forcément perdre énormément de sa qualité initiale (on peut réduire ou augmenter le poids du fichier en sacrifiant ou non sa qualité). Grâce à ces formats et au développement du mode P2P (pee-to-peer, autrement dit, l'internet directement d'un usager vers l'autre, sans serveurs intermédiaires) n'importe qui peut se rendre sur les ordinateurs d'autres internautes voulant partager leurs ressources, et télécharger ainsi très facilement (donc également graver) des oeuvres de nature commerciale à très bas coût.

Piratage ? Au sens commercial du terme, oui, assurément ! Parce qu'il s'agit tout d'abord d'un manque à gagner économique pour les sociétés de production, de diffusion ou de distribution des oeuvres. Vous pensez sans doute que c'est là un aspect bien négligeable du problème, puisque ce sont des groupes qui roulent sur l'or et ne seront pas lésés par de telles pratiques... Or même si cette idée était fondée, cela ne rendrait pas moins l'acte condamnable sur le plan de son illégalité ; mais en plus ce n'est pas toujours le cas.

Bien entendu, si l'on parle de grandes multinationales, il est clair que ces groupes brassent des milliards et rattraperaient très vite sur un autre secteur d'activité les pertes éventuelles générées par une baisse des ventes sur les dessins animés japonais. Mais c'est mal raisonner que de prendre le problème sous cet angle, et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, parce que la copie illégale et la diffusion de ces copies affectent l'ensemble du catalogue de ces sociétés, et le manque à gagner est donc général.

Ensuite, si une petite baisse des ventes des films de Bruce Willis ou des disques de Michael Jackson, par exemple, ne remettront jamais en cause la parution de leurs oeuvres, il faut savoir que pour tous types de disques ou de films moins prisés du public, un producteur prend des risques, et qu'une baisse des ventes peut amener la maison mère à supprimer ces oeuvres de son catalogue. Chaque année, des centaines d'albums ou de films deviennent ainsi indisponibles et sombrent parfois dans l'oubli.

Enfin, dites-vous bien que l'animation japonaise n'a pas encore le statut de produit grand public, même si l'on y vient, et que ce sont souvent de petites sociétés (telles AK ou Kaze en France) qui prennent le risque de lancer des collections sur le marché. Ne pas acheter leurs produits parce qu'on en fait des copies est donc synonyme de pertes pour ces entreprises qui ne peuvent plus autant investir dans de nouvelles séries et risquent même de déposer le bilan à terme.

Or c'est précisément parce que de petites maisons de production indépendantes font "du chiffre" que de grands groupes médiatiques choisissent de s'associer à eux pour rendre leurs produits accessibles au plus grand nombre (comme Sony avec AK pour Albator). S'il n'y a pas de bénéfices conséquents pour ces petites sociétés, il leur sera impossible de convaincre les "majors" de la viabilité commerciale d'un produit ! Et dans ce cas, aucune chance de retrouver un jour vos séries préférées en grande surface à des prix raisonnables...


La propriété intellectuelle

Par-delà toutes ces considérations commerciales, un problème plus grave se pose, celui de la propriété intellectuelle. Nul ne mettrait en cause le fait que toute peine mérite salaire... Or de même, toute création mérite que son auteur en reçoive, non seulement la reconnaissance qui lui est due, mais également un intéressement sur tout bénéfice que l'utilisation de cette création pourra générer. Comme pour une invention faisant l'objet d'un brevet (par exemple la suspension hydraulique, pour laquelle les héritiers Citroën touchent encore des millions chaque année de l'industrie automobile américaine) la vente de la création artistique permet de reverser aux créateurs un pourcentage qui permet souvent de les faire vivre, mais aussi d'investir dans de nouveaux projets.

En encourageant la copie illégale, on prive ces créateurs de la seule marque tangible de reconnaissance dont ils puissent profiter... car, après tout, ça leur fait une belle jambe de savoir que des millions de fans aiment ce qu'ils aiment, si personne n'achète leur travail ! Si vous croisez un chanteur dans la rue et lui dites que vous adorez sa musique, c'est bien, mais ce n'est pas suffisant... Car concrètement, il vous a apporté quelque chose, mais qu'avez-vous fait pour lui en retour si vous avez tous ses albums en copie sans en avoir acheté aucun ?

Ce concept de propriété intellectuelle n'a jamais existé dans certains pays, notamment en Russie ou en Chine, à cause des théories collectivistes du communisme, ce qui explique pourquoi des millions de copies illégales se commercialisent chaque jour dans ces pays-là... On ne peut pas dire aux gens pendant des années que l'individu n'est rien et que seul la communauté est importante sans que cela laisse des traces ! Comment renverser la tendance et éduquer des milliards de gens dans l'idée qu'il faut cesser ces pratiques ?


Faut-il se priver ?

Il faut donc trouver un juste équilibre dans ses pratiques, et surtout savoir jusqu'où on est prêts à aller, et pourquoi. J'avoue sans gêne qu'il m'arrive régulièrement de télécharger des fichiers média sur le net, et même de les graver... Il s'agit surtout de bandes-annonces de séries télé ou de films, donc d'outils de promotion que les grosses multinationales elles-mêmes diffusent dans des suppléments CD ou DVD gratuits notamment, pour inciter le public à aller les voir. En téléchargeant le "trailer" de Space Jam, sorti en 1996, ou le teaser de Hulk, qui sortira aux États-Unis à l'été 2003, je ne lèse aucun intérêt économique ni moral, du moment que je n'en fais pas des copies pour les vendre.

Il m'arrive même de récupérer des chansons en Mp3. Eh oui ! Mais il s'agit, soit d'oeuvres jamais sorties en CD, soit devenues indisponibles... Ou bien, parfois, quelques morceaux d'un artiste que je connais mal pour savoir si j'aimerais acheter le CD ou non. Et dans ce cas, c'est exactement pareil que si j'écoutais l'oeuvre dans un casque au supermarché du coin : si je n'aime pas, je le détruis, si j'aime, je vais acheter le disque, parce que j'aurai envie d'avoir le livret, les paroles etc. Je connais donc mes limites et je gère mon rapport aux téléchargements sans ambiguïté.

Si en revanche vous êtes de ceux qui se moquent des jaquettes, sérigraphies, livrets, et autres... et que pour vous, un bon CD est un CD gravé, reprenez tous les points que j'ai évoqués, et posez-vous les bonnes questions, car si aucun d'entre nous ne pourrait menacer sérieusement l'industrie, tant du disque que du cinéma, la circulation quotidienne de millions de copies illégales dans le monde ne peut être sans conséquences. Et si vous n'avez pas les moyens financiers de vos envies, la question à se poser avant de copier est la suivante : "Est-ce que je me rachèterai l'oeuvre en question dès que j'en aurai les moyens ?" Si la réponse est non, ne vous voilez pas la face : vous avez déjà franchi la frontière du piratage... Après, libre à vous d'assumer cette réalité ou de la nier...


Pirates ?

Si je suis de ceux qui pensent qu'il faudrait lutter, chacun à sa modeste échelle, contre le diktat des multinationales, contre la mondialisation, contre tout ce qu'on cherche à imposer aux gens de la rue depuis le sommet de tours de verre (qu'elles se situent à Bruxelles, Wall Street ou ailleurs), je condamne tout ce qui peut priver l'individu de ses droits élémentaires... et le droit à ce que son oeuvre soit reconnue et respectée est à mon sens absolument fondamental pour tout créateur.

Or si je me prends à me réjouir que Disney, qui sous-traite des entreprises chinoises où l'on exploite des gamins, perd du fric chaque fois qu'on copie un de ses DVD, je dois aussi penser aux milliers de personnes, dessinateurs, coloristes, animateurs, doubleurs, et autres, qui ont travaillé trois années derrière chaque film, et qui méritent la reconnaissance de leur travail d'une façon tangible... à tous ces auteurs moins connus qui méritent que leurs oeuvres soient importées et diffusées chez nous... à ces des maisons de production de taille souvent modeste qui auront l'audace de prendre le risque d'en acheter les droits et de les faire connaître...

Dans l'ancien temps, le pirate pillait et tuait pour son propre compte... le corsaire le faisait pour son roi... finalement, pour nous tous qui nous sentons l'âme de flibustiers à la façon d'Albator, il faudrait peut-être trouver un autre terme... Si Albator commet certes parfois des actes punis par la loi, il ne s'est mis en marge de celle-ci que parce que personne sur Terre ne comprenait plus les enjeux et les dangers du monde moderne... nous n'en sommes pas encore là ! Et tant que nous pourrons encore nous exprimer librement pour le faire, ne cherchons pas à nous cacher derrière de pseudo-prétextes philosophiques pour justifier des comportements qui n'ont rien à voir là-dedans, à savoir copier des CD en se recommandant des pirates !


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